L’eau du bassin versant de la Siagne est partagée entre deux départements, couvrant 26 communes réparties entre les intercommunalités du Pays de Grasse, du Pays de Fayence, de Cannes Pays de Lérins et d’Estérel Côte d’Azur. Afin de prendre en compte les besoins de tous les usagers de la ressource sur le territoire, la CLE est chargée d’une approche globale, interdisciplinaire et participative, mais il faut savoir que…

La Siagne au barrage de Tanneron.
La problématique de l’eau est gérée à l’échelle du bassin versant d’un fleuve ou d’une rivière. Pour ce faire, dans les situation critiques, un ensemble de documents appelé SAGE pour Schéma d’Aménagement et de Gestion de l’Eau doit être élaboré. Le SAGE s’inscrit dans le cadre d’un Schéma Directeur ou SDAGE, établi au niveau du bassin hydrographique du Rhône.
Dans le cadre du SAGE, une Commission Locale de l’Eau (CLE) est créée par le préfet. Elle est composée de 3 collèges des représentants des collectivités territoriales (50%), de l’Etat et des usagers de l’eau, dont les associations. Le rôle de la CLE est d’établir et de suivre l’application du SAGE.
Dans le cas de la Siagne, l’animation de la démarche du SAGE a été transférée à une institution appelée SMIAGE (Syndicat Mixte pour les Inondation, l’Aménagement et la Gestion de l’Eau Maralpin). Le SMIAGE assure également la présidence de la CLE, en la personne de son vice-président et président de la Communauté d’Agglomération du Pays de Grasse, Jérôme Viaud. France Nature Environnement dispose d’un siège, qu’elle se partage entre un représentant pour les Alpes-Maritimes et un pour le Var. Le représentant de FNE pour les AM est un membre de l’association ASPIC, membre du réseau FNE (06).
La participation à cette CLE aura été la source de nombreuses surprises. En 2025, FNE est virée du bureau de la CLE au profit de la fédération de pêche. L’animation de la CLE est confiée à des entreprises de conseil pour (entre autre) le secteur de l’eau. Les membres de la CLE n’ont pas leur mot à dire sur l’ordre du jour des réunions ni sur les documents préparatoires présentés et discutés en séance. Les discussions ont lieu sur les mesures proposées dans les documents mais les problèmes de fond sont ignorés. Pas de débat sur le futur de l’économie résidentielle, sur la sobriété, sur la connaissance fine de la consommation en eau par secteur, par commune ou par décile, sur la connaissance fine de l’évolution des ressources en eau, sur le changement climatique ou encore sur la pollution due aux industries chimique, etc., etc.
Pour finir, après un an de travaux, premier coup de théâtre en réunion d’octobre 2025 : la ville de Cannes et la CACPL (Communauté d’Agglomération de Cannes Pays de Lérins ) s’opposent à la stratégie élaborée par la CLE et « exigent » de la refonder sur la REUT, c’est à dire sur la Réutilisation des Eaux Usées Traitées. On apprend ainsi qu’en parallèle et en catimini, un projet global de REUT a été établi avec un document de 40 pages dont la CLE n’a pas eu connaissance et n’a pas débattu. Cerise sur le gâteau, selon ce projet, les eaux issues du retraitement seraient acheminées à grand renfort d’énergie par un aqueduc d’une douzaine de km depuis la station d’épuration de Mandelieu jusqu’à Pégomas et le barrage de Tanneron à Auribeau pour être, tenez vous bien, réinjectées dans la Siagne et sa nappe alluviale.
Après ce coup de force, une deuxième CLE est convoquée fin décembre pour statuer sur le projet de stratégie basée sur la REUT. Et là, deuxième coup de théâtre. La quasi totalité des intervenants, dont FNE, s’opposent à cette vision. En effet, Cannes et la CACPL prétendent échapper aux nécessaires économies d’eau avec l’argument de disposer de l’eau de la Siagne, du Loup, du lac de Saint Cassien et de la future REUT. De plus, la majorité des participants, dont beaucoup d’élus du pays de Grasse et la régie des eaux du canal Belletrud (RECB), émettent des réserves sur les aspects sanitaires et financiers. Pour finir, le sous-préfet démolit le projet de stratégie basée sur la REUT en indiquant que les piliers doivent être la sobriété, la solidarité entre les territoires et la résilience et que ce projet ne sera pas validé par le comité de bassin. Le sous-préfet des AM propose un amendement à la stratégie originale du SAGE avec un nouveau paragraphe mentionnant la REUT comme un des outils possibles. La sous-préfète du Var apporte son soutien à cette vision.
La CLE vote à une très large majorité contre la stratégie basée sur la REUT et vote pour la stratégie originale amendée avec la proposition du sous-préfet.
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Le bassin versant de la Siagne et ses 26 communes (document SAGE Siagne)