Chronique d’un nid d’aigle sacrifié.

Le nid d’aigle Vista Palace de Roquebrune Cap Martin, aujourd’hui hôtel Maybourne, fait l’objet d’une plainte pénale qui se tiendra mardi 18 mars 2025 au matin à la chambre correctionnelle du tribunal judiciaire de Nice pour suspicion d’infractions aux règles de l’urbanisme et de l’environnement suite aux travaux titanesques effectués sur la falaise et en encorbellement.


Situé au sommet de la falaise spectaculaire qui domine la baie de Monaco, Beausoleil et Roquebrune Cap Martin, sur un site sensible bénéficiant de multiples classements : « Espace sensible de la bande côtière à préserver » de la DTA, « Grand cadre paysager »avec toutes les falaises d’Eze à Menton, site Natura 2000 des »Corniches de la Riviera », sites inscrits « Littoral de Nice à Menton »,Zone Spéciale de Conservation (ZSC) Natura 2000au titre des espèces animales et végétales qu’il abrite, etc…).Et pourtant, malgré toutes les mesures des plus hautes protections, les travaux effectués ont définitivement sacrifié le site, et les espèces protégées qui y demeuraient.

Question : que vaut la protection d’un site classé au regard d’intérêts financiers privés ?
Comment en est-on arrivé là ?

Le petit hôtel de quelques chambres des années 20,est devenu le Vista Palace dans les années 60, grand hôtel de luxe, avec une extension supplémentaire dans les années 80 malgré l’avis défavorable de l’Architecte des Bâtiments de France.
En 2014, dépôt de bilan du Vista Palace et rachat par la SEDH, appartenant à l’ancien émir du Qatar, avec un nouveau projet hôtelier et en 2016 un nouveau permis de construire est accordé de près de 9.500 m2 supplémentaires (qui aboutira même en 2022 à un dépassement de 1.200 m2 dont une partie en zone rouge urbanistique).

Mais la falaise a été fragilisée, et une étude géotechnique a conclu en 2016 qu’elle présente désormais des« aléas de rupture très élevés », et donc un risque important pour les riverains qui demeurent en contrebas.

Durant l’été 2017 le nouveau projet hôtelier est soumis à enquête publique, mais comme d’habitude avec les vacances estivales, seules les administrations, le Conseil scientifique régional du patrimoine naturel et quelques associations ont déposé des avis.

Bien que le contrat de vente stipulait que le repreneur devait assumer les travaux de confortement de la falaise pour assurer la sécurité des riverains habitant en-dessous, et qu’aucun creusement de la roche ne devait se faire avant l’achèvement des travaux de consolidation de la falaise, les travaux ont démarré en 2017 sur la falaise sans que la sécurité des riverains ne soit assurée et que ni la protection des espèces et des habitats. En 2018 et 2019 des travaux de confortement de la falaise continueront, sans que l’autorisation de ces travaux soit conforme à la règlementation d’après l’ADIFE (association de défense des intérêts des riverains). Ces travaux ont notamment consisté à poser 58 volumineuses têtes de tirants représentant le coulage de 2000 tonnes de béton, autorisations qui seront régularisées mais après la pose !

Alerté par des riverains, des associations et Marie Christine Franc de Ferrière ancienne conseillère municipale de RCM, le préfet Georges-François Leclerc émet en février 2017 un arrêté de dérogation à l’interdiction de destruction, de perturbation, et d’altération d’habitats d’espèces animales et végétales protégées, qui reconnaît que les travaux ont induit « une perte d’habitats vitale et de chasse (…) de 6 reptiles protégés ; (…) de 3 oiseaux protégés ; de chiroptères (en gîte) non quantifiable, destruction (…) en falaises et cavités, destruction d’habitats (…) de 13 espèces de chiroptères bénéficiant des plus fortes protections ; destruction totale de 2 espèces végétales protégées », mais qui estime au final que« l’argent mis en termes de compensation ERC vise à une absence de perte nette, voire à un gain de biodiversité … »,

Notre association FNE06 s’était déjà indignée dans un article publié par Nice Matin en février 2021, contestant l’arrêté du préfet car le protocole ERC envisagé n’a abouti qu’à justifier des dégâts commis en infraction aux règlements. D’autant que les obligations environnementales que la SEDH devait assumer,tel que prévu par le document d’enquête publique de 2017 ont tout simplement été balayées et il a été établi que 14 espèces de chiroptères identifiées sur le site ont perdu leur habitat et ne reviendront pas.
Ces dégâts majeurs ayant été commis par non-respect des prescriptions initiales, nous demandons aux autorités compétentes qu’a minima le protocole ERC soit revu à la hausse en ce qui concerne son financement et la durée du suivi sur site, en particulier pour tout ce qui concerne les chiroptères.
Quant à l’instabilité de la falaise et l’aggravation des risques pour les riverains ?